Les 9 vies de Charlotte

 
15.png
 
 

 

Une légende, les 9 vies du chat ? Je ne pense pas, et à considérer Charlotte, j’ai l’intime conviction qu’elle est un félin. Elle est à LA dans un taxi lorsque je l’interview par téléphone. « Personne ne marche à LA, tu sais, me dit-elle. Tout le monde utilise sa voiture, même pour faire 300 mètres - c’est moche… ». Charlotte, je la connaissais déjà un peu avant de l’interviewer. Elle est du genre à ne pas passer inaperçu, aussi remarquable que remarquée, à semer partout où elle passe son immense sourire et son éclat de voix.  


Elle mène sa première vie à cheval entre les Alpes et l’Afrique, Madagascar en particulier. Lorsqu’elle vous raconte cette période de son enfance, la jungle se dessine dans ses mots. Dans ses souvenirs, des lianes vertes suspendues balancent les lémuriens emblématiques de l’ile. Etre enfant et grandir les pieds dans la nature marque profondément sa vie d’adulte. Charlotte, aujourd’hui, c’est une citadine, une vraie, une snob, celle, qui habite au Capitole à Toulouse. Mais le week-end, elle et son sourire dévorant s’échappent de la réalité de la ville rose et se réfugient au cœur des coteaux pentus.

 

 

 
 
chart.PNG
 
 

 

Jeune et déjà déterminée, Charlotte pose un ultimatum à ses parents : le bac en France, et ensuite la liberté d’étudier où elle le veut. Ils acceptent, elle réfrène ses instincts pendant quelques années, entre Aix-les-Bains, Lille et Lyon - disons, sa seconde vie. Quand le jour arrive enfin, Charlotte embarque pour sa troisième vie, après quelques hésitations, direction le Brésil, souhaitant plus que tout vivre dans un pays où les gens ont une conscience nationale forte.

A Sao Paulo elle s’épanouit. Chaque journée qui passe amène son lot d’aventures, et se conclut toujours de la même manière : on verra après. On verra après dure finalement quatre années, quatre années au cours desquelles elle expérimente la vie étudiante brésilienne en communauté « comme à l’américaine », et gravit les échelons du monde de la mode et de l’évènementiel. Etudiante le matin, elle apprend les mesures de la langue portugaise et les beaux-arts ; stagiaire l’après-midi, elle répand son énergie dans un atelier de stylistes, entre patrons, modèles et rouleaux de taffetas

 

 
 
" Je suis une citadine, une vraie, une snob, celle qui habite au Capitole à Toulouse."
 
17.png

 

Son virus du voyage, loin de s’être calmé à l’autre bout du monde, s’étoffe. Le pays est grand, presque un continent à lui seul. En trois heures, Charlotte troque la ville stressée et ses habitant en attachés case pour les forêts tropicales et les paons. Le Pantanal, réserve naturelle à la lisière de l’Amazonie et frontière de la Bolivie, s’immisce dans notre conversation. « Ce n’est que nature - pas de route goudronnées, se souvient-elle, tu ne peux y aller qu’avec un tout petit avion, je me souviens, nous avions dormi dans un hôtel dans les arbres… ça me un peu rappelait l’Afrique là-bas. » Puis soudain le coup de grâce, la dure réalité diplomatique vient apposer le mot ‘fin’ sur son aventure brésilienne. Son visa n’est pas renouvelé. En moins de trente jours, les valises sont bouclées, les adieux distribués et Charlotte foule à nouveau le sol français. 

 

Sa quatrième vie, française et entrepreneuriale, commence un mois de mai pluvieux.  « Je ne sais pas s’il a vraiment plu tout le temps, me raconte-t-elle, mais dans mon souvenir, c’était le mois de mai le plus horrible. »

Mais je me dis que Charlotte est peut-être un félin après tout. Elle retombe vite sur ses pattes, et découvre un nouvel univers, celui des start-up. A l’époque, ce n’est encore qu’un vague mouvement, venu de l’autre côté de l’Atlantique, qui ourdit en secret. On est bien loin de la mode dévorante d’aujourd’hui. Au bout d’un an en freelance auprès des start-up, elle est frappée par l’évidence : elle aussi, elle veut sa boite. Et elle l’aura. Baptisée La Boite de Charlie, la première start-up de Charlotte envoie de la nourriture française aux expats. Quelques mois plus tard, elle décide de la revendre, mais cette expérience n’était qu'une mise en bouche. 

 

 

 

 
" Quand tu vis à l’étranger, tu emportes tes racines avec toi, tu te fais un petit trou, tu t’y plantes. Tes racines sont obligées de revenir aux fondamentaux, qui tu es, où tu vas, qu’est-ce que tu as envie d’accomplir. Il n’y a que vivre à l’étranger qui te permet de le faire."

 

Le déclic viendra du yoga. A l’étranger avec une amie, elles se mettent au yoga et aux vidéos TEDx. Le Miracle Morning, concept né aux Etats-Unis, commence à faire parler de lui de ce côté-ci de l’océan. Le Miracle Morning, si vous ne savez pas ce que c’est, c’est une tendance de développement personnel reprenant au pied de la lettre le principe selon lequel le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Autant vous dire que ce n’est pas du tout pour moi - même si je fais parfois l’effort pour assister à certains évents de Charlotte - mais là n’est pas le sujet. Charlotte elle, en découvrant cette tendance en 2015 sent que c’est le bon moment, en plus d’être en phase avec tout ce en quoi en croit.

En trois mois, les doutes sont mis de côté, la décision est prise, le premier évent est planifié et elle crée She’s Morning, start-up qui enchante les lèves tôt avec des sessions de yoga et de bien-être. A son tout premier évent, Charlotte espère réunir une dizaine de personnes. « On se disait que ça serait cool, dix personnes, se souvient-elle en riant, que ça serait encourageant. » Mais la magie des réseaux sociaux est passée par là, et ce ne sont pas moins de soixante-dix courageux qui se pressent à 6h30 à l’ouverture des portes.

 

Depuis, le succès n’a pas démenti. Désormais seule aux commandes, Charlotte répand ses matinées healthy et pétillantes à travers le pays grâce à une équipe motivée et soudée qui s’est agrandi depuis dans leurs bureaux toulousains. Avec le yoga et ces matins vitaminés, elle a trouvé une ressource pour faire une pause, prendre soin d’elle, retrouver un équilibre. Et c’est ça qu’elle offre avec She’s morning, puis avec We are morning le pendant BtoB. Une parenthèse pour se recentrer sur soi, sur ses envies, ses objectifs, et commencer sa journée avec assez d’énergie positive pour s’accomplir.

 

 

18.png
 
 

 Los Angeles, c’est encore un peu un coup du hasard - mais vous savez ce qu’on dit, le hasard ne vient jamais sans beaucoup de travail. Une maison d’édition avec laquelle elle travaille autour de She’s Morning, lui propose de sortir un livre sur le développement personnel et les nouvelles générations en quête d’une place dans le monde. Un livre sur elle en quelque sorte. Mais si la thématique s’est vite imposée, les mots, eux, sont plus réfractaires à sortir. Charlotte se fait violence, mais rien y fait : dans le tumulte français, sur son canapé, non, elle n’arrive pas à écrire. Direction Los Angeles.

Sur un coup de tête, les billets sont pris, les proches avertis. Ce genre de décision spontanée de sa part, ils en ont l’habitude. Sa cinquième vie, une vie parenthèse, s’enclenche pour trois mois. Les Etats-Unis sont une évidence. Marre de la France, entendre les gens râler, ça lui fait mal à l’intérieur. Los Angeles, elle ne connaît pas encore, temple américain du yoga et de la mode healthy.  C’est certain, sa mère aurait sans doute préféré qu’elle aille se réfugier dans un chalet à la montagne ! Mais ce déracinement pour Charlotte, c’est avant tout celui du retour aux valeurs. « C'est très important de se déraciner de temps en temps. Quand tu vis à l’étranger, l'image fonctionne bien, tu es comme une plante. Tu emportes tes racines avec toi, et tu te replantes quelque part. Pour repousser, les racines sont obligées de revenir aux fondamentaux de base, qui je suis, quelles sont mes valeurs, où je vais, qu’est-ce que j’ai envie d’accomplir : il n’y a que vivre à l’étranger qui permet d'accomplir ce process. »

 

 

" J’ai une confiance absolue dans mon équipe, mais j’ai tendance à crier fort quand j’ai l’intuition que ça va déraper. "

 

 

Mener de front She’s Morning et l’écriture depuis LA n’est pas si évident. En cause, la charge de travail d’une boite qui cartonne, le décalage horaire, et, oserons-nous, la difficulté de Charlotte à lâcher du lest. « J’ai une confiance absolue dans mon équipe, mais j’ai tendance à crier fort quand j’ai l’intuition que ça va déraper. Les filles ont une expression, elles disent que j’arrache des têtes ! »  Charlotte ne boucle pas son livre à Los Angeles, mais elle y a trouvé ce qu’elle cherchait. L’inspiration, le temps, la nature. Là-bas les couleurs sont plus vives, leur vivacité s’absorbe par la peau. « Pas comme en France, grimace-t-elle. A Los Angeles, on dirait presque que les couleurs sont dopées par un filtre Instagram. » 

Depuis qu’elle est rentrée en France de son trip américain et a repris sa vie française, Charlotte n’arrête pas, on la voit virevolter à Paris et Toulouse au grès de ses sessions matinales de yoga et d’inspiration. Elle a trouvé le temps de finir son livre, il dort patiemment dans un tiroir chez son éditrice. « Je préfère rester complètement impliqué dans le développement de mon entreprise, analyse Charlotte. Quand le moment sera venu pour moi, que je serais en mesure de libérer le temps nécessaire à mon livre, je passerais un petit coup de fil à mon éditrice, et je pourrais me lancer dans cette nouvelle aventure sereinement. » 
 

Parce que vivre plusieurs oui, la question n’est pas là. La vraie question c’est plutôt de savoir quand est venu le moment de faire le pas de côté, de passer à autre chose ou de rester encore un peu. Quand arrêter, quand mettre de côté, quand continuer ? 


Alors, je ne sais pas si les 9 vies du chat sont une légende, mais ce qui est sûr, c’est que Charlotte, elle, traverse chacune de ses vies avec l’énergie et l’optimisme d’une battante. 

 

 
charf.PNG

Pour un réveil vitaminé et inspirant, c'est avec She is Morning

 

Morgane Dion