Amazing Armonie

Mais Paris, c’est tellement plus que ça ! Paris c’est vivant, et tellement cosmopolite !.jpg
 
 

Si vous n’avez jamais rencontré Armonie, alors vous ne connaissez pas réellement le sens des mots ténacité, résilience et ambition. Cette jeune femme de 25 ans est une entrepreneure, une vraie, pas seulement au sens business. Elle a construit sa vie de ses mains, suivant des choix dictés par un respect profond de qui elle est vraiment. Et accrochez-vous, parce qu’avec elle, on ne s’ennuie pas. 


Vous avez déjà traversé une rivière à 4h du matin ou démonté puis remonté un camion pour préparer un raid en péninsule ibérique ? Parce que Armonie, oui. C’est en organisant, participant et supervisant des camps de scout toutes les trois semaines depuis ses 8 ans et pendant presque dix ans qu’elle a appris tout ça. « Oui c’est vrai, si tu savais comme j’étais fière à 13 ans tout juste de savoir changer une roue toute seule ! » se souvient-elle en riant.

 

Ne vous y trompez pas, être scout ce n’est pas de tout repos. C’est sportif, c’est enchainer les randonnées et les défis ; c’est s’embarquer dans des raids, assumer des responsabilités vis à vis du groupe, c’est se révéler à soi-même au travers d’épreuves, c’est aussi aider les autres à se révéler. Son meilleur souvenir de cette période, c’est le sentiment général d’avoir conduit des cadettes, une surtout dont elle est encore très fière aujourd’hui, qui était toute timide et frêle mais qui s’est épanouie au sein du groupe. « J’ai vu en elle le potentiel, sa capacité d’évolution. Je me sentais comme une grande sœur, avec un devoir d’exemplarité », me raconte-t-elle. « Ce que l’on m’avait enseigné et que je voulais leur transmettre, c’est l’effort. Ce n’est pas grave si tu te trompes, tu as le droit à l’erreur si tu peux le justifier, si tu as fait ton maximum. » 

 
 
" Ce que l’on m’a enseigné et que je veux transmettre, c’est l’effort. Ce n’est pas grave si tu te trompes, tu as le droit à l’erreur si tu peux le justifier, si tu as fait ton maximum. "

Quand vous discutez avec Armonie, vous comprenez vite que le sens de la famille c’est important pour elle. La famille au sens large. Sa mère pour commencer, infirmière libérale à son compte et dont Armonie reconnait les nombreux sacrifices pour permettre à ses enfants de réaliser leurs rêves et ambitions. Son grand frère ensuite, à peine plus vieux d’un an, qui revient souvent dans la conversation et qui la soutient dans tous ses projets, « même s’il ne comprend pas toujours mes choix, ajoute Armonie. Il a une vie assez structurée, il a fait des études, il vient de se marier cet été. Nos vies sont en complète opposition. Mais il est là, toujours. »

Mais sa famille c’est aussi ses amis, ses partenaires de travail - qui bien souvent deviennent des amis, j’espère en être la preuve - et, bien sûr, ses anciennes camarades scoutes. « S’il ne devait y avoir qu’une seule valeur chez les scouts, ce serait la fraternité. C’est certain que grandir et s’épanouir autour de cette valeur ça m’a aidé à avoir conscience de l’importance qu’ont nos proches, notre famille, nos amis. On ne va nulle part sans eux. » 

 
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Bac littéraire en poche, Armonie ne tient pas en place. Elle veut voyager, aller rencontrer le monde, découvrir les gens. Elle ne se sent pas assez passionnée par un secteur d’activité en particulier, en tout cas pas assez pour s’engager plusieurs années dedans. Alors sans prendre le temps de respirer, direction la saison au Val d’Isère, en restauration. « La restauration c’est la première école de la vie, je m’en suis rendue compte au cours de ces cinq mois, révèle-t-elle. Tu dois aimer servir l’autre, au sens noble du terme. C’est vraiment génial de rendre les gens heureux avec un service de qualité ». Dans cette période de sa vie, sa mère l’accompagne, la rassure sur ses choix, la porte, la recadre parfois. L’expérience lui plait tellement qu’une seconde saison s’y succède, estivale celle-là, dans le sud-ouest de la France. A peine arrivée, elle écume Facebook, « coucou je suis là » et avant même de commencer le travail, elle connait tout le monde aux alentours. 


Et puis, Armonie sent l’appel. Un appel qui vient du plus profond d’elle-même. Nous le savons, la famille est importante pour elle, et elle a quelques comptes à régler. Alors elle s’embarque pour l’ile Maurice où vit ce père absent. « J’étais en train de me construire, et je sentais que c’était une case de ma construction que je devais apaiser pour pouvoir grandir », se confie-t-elle. Pendant 3 mois, père et fille se ré-apprivoisent et Armonie apprend à composer avec lui et son environnement. Ancien militaire, son éducation est plus intransigeante que ce à quoi elle a été habituée avec sa mère. Même si sur le coup la cohabitation est dure, très dure, avec le recul des années elle se rend compte désormais que l’épreuve était nécessaire. C’est un moment de reconnexion profonde avec une partie de sa famille, de reconnexion profonde avec ses origines. 

Son voyage initiatique se poursuite, loin, à Bali. « J’avais une obsession pour ma famille, pour ma mère qui a tout donné pour ses enfants quitte à s’oublier et pour mon père absent pendant trop longtemps, m’explique Armonie. Pour pouvoir effacer l’aspect toxique de mon histoire et pouvoir me reconnecter avec qui j’étais, il fallait que je m’éloigne, que je prenne du recul sur ma vie. » Loin de tout, elle continue de redécouvrir. Ce qu’elle redécouvre là-bas ? Tout. La simplicité des choses, elle-même, la spiritualité. Sa rencontre avec des moines incroyables lui procure une élévation comme elle n’en avait jamais connue, et elle réalise à quel point les religions en occident ont perdu leur spiritualité. Maurice, Bali, ces voyages, ces rencontres sont des chocs culturels et spirituels desquels Armonie tire une leçon capitale : « On est tous séparés par nos cultures et nos religions, mais il y a des choses de tellement plus profond qui nous unissent ».

 

" On est tous séparés par nos cultures et nos religions, mais il y a des choses de tellement plus profond qui nous unissent. "

 

Vous pensez qu’elle serait rentrée sagement à Paris après cela ? Bien sûr que non. En 2012 elle intègre une école de lange à Miami. L’expérience est certes très différente, mais tout autant enrichissante. En 6 mois elle vit la vie étudiante en condensé, rencontre des gens venus du monde entier. Mais son retour en France elle le vit sans regret. Si elle a adoré cette vie américaine, elle en a fait le tour. Son voyage initiatique est désormais bouclé, et il est temps pour elle d’emprunter un nouveau chemin. 

A Maurice son père l’a introduite à un milieu d’affaire et lui a fourni tant de livres sur l’entrepreneuriat qu’elle pourrait en remplir une bibliothèque. En les parcourant méticuleusement, Armonie comprend qu’être entrepreneur, c’est ce qu’elle veut faire. Le premier ennui, c’est qu’elle ne sait pas dans quel secteur. Le second ennui, c’est que ses notions de finances et de comptabilité sont proches de zéro. La réponse se trouve à l’ESGF - l’Ecole Supérieure de Gestion Finance. Lorsque la directrice de l’école lui demande de la convaincre de la prendre elle, elle qui est une littéraire et qui ne comprend vraiment pas les maths, Armonie ne se démonte pas. « Je lui ai dit : si vous prenez ma motivation de dingue, et si vous parvenez à me remettre à niveau, alors ça voudra dire que votre formation est vraiment ouf, rigole-t-elle. Il faut croire que ça l’a convaincue, parce qu’elle m’a acceptée ». 

Rapidement, le moule dans lequel on la force à rentrer à l’Ecole lui rappelle néanmoins pourquoi elle avait quitté le système. Malgré la sensation d’être bridée, de ne pas être comprise, Armonie réussit ses trois premiers semestres. Mais il lui manque quelque chose. Alors elle remercie la directrice d’avoir cru en elle, et quitte l'Ecole.  A-t-elle jamais eu peur pour son avenir, a-t-elle jamais douté de ne pas réussir à trouver sa voie ? « La seule chose qui pouvait être toxique au moment où j’ai fait mes choix, c'était l’entourage, concède-t-elle. Tu vois tes copines qui font des études, qui empruntent des super cursus tandis que toi tu vagabondes, tu demeures dans l’instinct au lieu du rationnel, tu testes plein de chemins sans trouver le tien. Mais s'il te faut du temps pour trouver ce qui te correspond vraiment, alors il faut prendre ce temps. Si tu te trompes de direction, alors ce n’est pas grave, reviens sur tes pas et recommence autre chose. » 

 
 
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Pour rembourser les frais scolaires, Armonie reprend un job, en tant qu’hôtesse pour les directeurs du Crédit Agricole, département investissement. Le soir, elle bosse au musée de la mode. De la banque, elle en retire de précieux conseils ; du musée, elle rencontre des gens atypiques et médite un peu. Ce qui est fascinant avec Armonie, c’est qu’elle vous raconte son expérience à Bali avec le même enthousiasme qu’elle vous raconte ses petits jobs. « Dans chaque moment tu peux retirer quelque chose. Si c’est une expérience négative, alors dis-toi toujours : comment je peux rendre ce moment productif ? Ça permet d’ouvrir de nouvelles perspectives. ».

Les weekends, elle enchaine les rendez-vous avec des entrepreneurs et rejoint le monde des startup weekend. Si vous ne savez pas ce que c’est, alors c’est que de toute évidence vous n’avez jamais croisé Armonie ne serait-ce que 15 minutes. Un startup weekend, c’est un évènement de 54h pendant lequel une centaine de participants réunis en équipes développent un projet afin de créer une startup viable. Le premier du genre auquel elle participe en 2014 est sur le thème de l’entrepreneuriat féminin. Sa place elle l’obtient à force de persévérance. « Toutes les places avaient été vendues, alors j’ai harcelée l’organisatrice tous les jours pour en avoir une. Ca a fini par payer », rigole-t-elle. Son pitch n’est pas retenu, mais pendant tout le weekend, elle travaille avec son équipe de femmes apprenties entrepreneures sur un projet permettant de réduire le gaspillage alimentaire. Armonie ignore alors encore qu’elle va devenir en très peu de mois une incontournable du milieu. 

 

L’année suivante, depuis le sud de la France et l'école d’entrepreneuriat qu’elle vient d’intégrer, elle garde un contact très proche avec Estelle, une ancienne camarade de l’Ecole de Gestion et Finance et qui va devenir son associée. A l’automne Armonie accompagne Estelle chez ses parents pour faire les vendanges sur leur exploitation à Reims. « Quand ils m’ont vu arriver avec mon allure de parisienne apprêtée, ses parents ont un peu rigolé. Mais au final, je me suis bien adaptée ! » A tel point que, lorsque Estelle reprend une partie de l’exploitation en 2015, les deux jeunes femmes décident de lancer leur propre marque de champagne : BLiv. Une marque féminine, qui leur ressemble. Leur objectif : privilégier la qualité et prouver qu’on peut conquérir le monde avec des bulles. « Et en même temps, on valorise le travail des vignes, qui est un métier manuel très dur mais qui a beaucoup de sens », ajoute Armonie. Le nom de leur première cuvée : l’Ambitieuse. Leur entreprise progresse peu à peu au cours de l’année, d’évènement en évènement, au grès de leur réseau qui s’élargit aussi entre deux startup weekend. « Aujourd’hui BLiv, notre marque, ne perd plus d’argent. Même si le but ce n’est pas de devenir riche, c’est une grande victoire pour nous ! se réjouie Armonie. On fait parfois encore des erreurs stratégiques, mais on apprend, sur le business, sur nous. Et surtout on reste fidèles à nos valeurs, on se paye le luxe de dire non si le projet auquel on veut nous associer ne nous correspond pas ».

 

" Dans chaque moment tu peux retirer quelque chose. Si c’est une expérience négative, alors dis-toi toujours : comment je peux rendre ce moment productif ? Ça permet d’ouvrir de nouvelles perspectives. "

 

Mais en vraie slasheuse, le coeur d’Armonie n’appartient pas qu’à sa marque de champagne. Il appartient aussi beaucoup à Canopeez, avec deux « e » et un « z ». Ça vient de la canopée, le haut des arbres dans une forêt, m'explique-t-elle. C’est un écosystème indépendant qui fonctionne avec l’attraction du soleil. Quand tu es une jeune plante et que tu veux atteindre la canopée, il faut avoir des racines bien ancrées. » Et ça correspond bien à son projet : un moteur de recherche d’entreprises innovantes en France. Les développeurs ont travaillé dessus pendant plus d’un an pour accumuler la data sur les entreprises innovantes afin de permettre à Canopeez d’offrir aujourd’hui quelques 12 000 fiches entreprises. « On se place comme une alternative à Google ads, où tu es obligé de payer pour être référencé, dit-elle. Nous on est sur des nouveaux paradigmes, on est sur l’idée de la diffusion gratuite du savoir. Il y a vraiment un gap entre ceux qui sont dans l’écosystèmes, ceux qui n’y sont pas ou qui ne peuvent pas payer pour y être. La problématique à laquelle on répond, qui est aussi une question générationnelle, c’est comment faire un pont entre tous, comment décloisonner et parler la même langue ? »  

Sans surprise, Armonie voudrait viser plus loin encore, le regard tourné vers l’Europe et vers les grands groupes, avec l’idée notamment proposer un Canopeez at work, des moteurs de recherche interne pour permettre aux corporate d’horizontaliser les décisions. Alors oui, elle a des jours de doutes, de gros doutes. Face aux difficultés techniques notamment, elle s’interroge, se demande, le cœur lourd, si son projet ne va pas s’arrêter demain. 

 

Mais finalement, je pense que au fond, peu importe le succès ou non de son projet. Parce que au-delà de tout ça, au-delà des ambitions et des doutes, vous savez ce qui est vraiment le plus important à retenir à propos de Canopeez ? C’est que c’était l’idée qu’elle avait pitchée lors de son tout premier startup weekend en 2014. Alors si vous voulez réellement comprendre les mots ténacité, résilience et ambition, le mieux c’est peut-être encore de rencontrer Armonie.

 

 
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Pour conquérir le monde avec des bulles - B.liv

Morgane Dion